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Jeudi 23 novembre 2006
DEUX TOURNOIS POUR LES OUBLIES DE LA FIFA
Avec 207 associations nationales, la Fifa se vante de posséder plus de membres que l'ONU. Pourtant, certaines nations
sont toujours hors jeu. Si les îles Féroé ou Andorre peuvent défier la France, il n'en va pas de même pour la Laponie,
le Vatican ou Chypre Nord. Ignorés par la Fifa pour des raisons politiques plus ou moins valables, ces micro-Etats,
nations et autres territoires autoproclamés tentent d'exister dans et par le football. Deux compétitions concurrentes
ont lieu cette semaine. Ou l'art de se partager les restes du festin footballistique.
Plateforme pirate.
En créant le NF-Board en 2003, Jean-Luc Kit, son secrétaire général, pensait rassembler les oubliés
de la Fifa. D'Aaland à Zanzibar, il estimait son potentiel à quatre-vingt-neuf membres. Certains, comme le Québec ou
le Pays basque, possèdent une vraie dimension diplomatique. D'autres, comme le Saugeais, pseudo-république de 3 500
âmes sise dans le Doubs, ou Sealand, plateforme d'acier en mer du Nord occupée par un pirate anglais, servent le folklore.
Malgré les obstacles et les menaces, le NF-Board a fait jouer ces dernières années le Kosovo, le Tibet, la Tchétchénie
ou le Kurdistan. Son rêve était de mettre sur pied une Coupe du monde des exclus de la Fifa sans récupération politique. Une gageure.
Candidat à l'organisation il y a un an, Chypre Nord (qui n'est
reconnu que par la Turquie) s'est toujours opposé à la participation du Kurdistan ou de la Tchétchénie. Une position
inconcevable pour le NF-Board. En catastrophe, il s'est tourné vers la ville d'Hyères (Var) pour accueillir, jusqu'à samedi,
la première Viva World Cup. De seize équipes envisagées initialement, le plateau s'est réduit à quatre : Monaco, Occitanie,
Laponie et Cameroun du Sud.
Critère linguistique. La victoire à Hyères semble promise à l'équipe lapone. Représentante d'un peuple réparti sur
les territoires de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et de la Russie, elle compte dans ses rangs plusieurs
professionnels norvégiens ainsi que le meilleur joueur du championnat finlandais. Monaco fait figure d'outsider. Formée
récemment contre la promesse de ne pas nuire aux intérêts de la toute puissante AS Monaco qui évolue en Ligue 1, la
fédération monégasque recrute parmi les quelque sept mille citoyens du Rocher. Sa sélection compte des joueurs de promotion
d'honneur (8e division) et un ancien du centre de formation de l'ASM, Olivier Lechner. «Il y a un élan derrière eux. La
mairie a même offert une soirée», se réjouit Christian Michelis, président du NF-Board et résidant monégasque.
L'Occitanie, quant à elle, recrute sur le seul critère linguistique. Pour Peire Costa, président de la fédération
occitane, le football est presque accessoire : «Notre but est de créer un outil de promotion culturelle. Un joueur de CFA
voulait intégrer l'équipe sans parler occitan. Je l'ai envoyé en formation. L'objectif était atteint.» L'inconnu du tournoi
est le Cameroun du Sud. Cette région limitrophe du Nigéria qui lutte pacifiquement pour son autonomie depuis 1961 sera
représentée par des joueurs habitant la Belgique et les Pays-Bas: les résidents camerounais n'ont pas obtenu de visa.
Ces quatre équipes ne bénéficient d'aucune aide financière de la grande famille du football. Leurs dépenses pour la
semaine varoise sont estimées à 29 750 euros et chacun devra payer sa part. L'Occitanie et Monaco sont parrainés par des
entreprises locales. La Laponie est aidée par ses institutions autonomes en Scandinavie. Le Cameroun du Sud, en revanche,
a fait ses fonds de poche pour venir. «Je ne sais même pas comment ils vont faire pour dormir», avoue Jean-Luc Kit à la
veille du coup d'envoi.
Tournoi bis. Pendant ce temps, à l'autre bout de la Méditerranée, Chypre Nord, engagé dans un processus de
reconnaissance politique, a maintenu son offre d'organiser une compétition. Cette moitié d'île a financé la participation
à son propre tournoi du Groenland, de Zanzibar, du Tibet, de la Gagaouzie, du Tadjikistan et du Kirghizstan. En vrai
humaniste du ballon rond, Jean-Luc Kit regrette cette concurrence : «Beaucoup de pays se retrouvent isolés pour des raisons
politiques, mais nous, on ne fait aucune récupération. On est pour le rapprochement des peuples. Nous aimerions faire jouer
le Kurdistan contre les Turcs de Chypre Nord.»
Pour le NF-Board, le fragile regroupement des exclus du football n'est cependant pas une fin en soi. L'aboutissement est au
contraire d'obtenir l'affiliation de ses membres à la Fifa. «On fait la fête quand cela arrive», conclut Jean-Luc Kit.
Source Libération
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