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Décembre 2004

 

LE  CLIMAT  S' EMBALLE

Le réchauffement climatique n'est pas une invention, il existe bien et l'homme en est en grande partie responsable. Le Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) est catégorique. Cet organisme issu de l'ONU regroupe des scientifiques du monde entier et ses analyses ont reçus l'approbation de tous les pays y participant (y compris des Etats-Unis). Sa dernière mouture de 2001 dépeint une situation grave.

 

Le réchauffement s'accélère. Si le climat a beaucoup évolué au cours du temps, sur des périodes longues de plusieurs milliers d'années, le réchauffement actuel est lui particulièrement rapide, et il va en s'accélérant. Jean Jouzel, climatologue au sein du Giec, est formel : "La première certitude, c'est que l'homme modifie l'effet de serre." Ce phénomène décrié est pourtant essentiel à la vie. Une couche de gaz dans l'atmosphère retient la chaleur du soleil, ce qui maintient une température moyenne de 15°C à la surface du globe, qui sans elle attendrait presque -20°C. La vapeur d'eau est le premier de ces gaz, dits à "effet de serre", mais l'homme n'a que peu d'influence sur sa concentration dans l'atmosphère. En revanche, l'augmentation d'autres gaz est directement liée à son action : le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O) et l'ozone (O3), ainsi que des gaz artificiels dus à l'industrie comme les halocarbures. Leur niveau n'a jamais été aussi élevé que ces dernières années.

 

Un autre climat. Les conséquences sont prévisibles, bien qu'encore très imprécises. "Si nous n'y faisons pas attention, nous allons vraiment vers un autre climat déjà à l'échelle des jeunes qui vivent actuellement" prévient Jean Jouzel. La concentration en CO2, principal gaz à effet de serre anthropique, c'est-à-dire dû à l'homme, en quantité (60%), mais aussi en durée de vie (100 ans), passera de 368 ppm (parties par millions) actuellement à une fourchette comprise entre 540 et 970 ppm en 2100. Pendant toute la période préindustrielle, c'est-à-dire avant 1750, elle n'était que de 280 ppm. Du coup, au XXIe siècle, la température moyenne augmenterait de 1,4 à 5,8°C, ce qui constituerait un record depuis 10 000 ans. Le niveau des mers devrait lui augmenter de 9 à 88 centimètres, élévation due à la dilatation thermique des océans et à la fonte des glaciers. Mais Jean Jouzel avertit que cette hausse s'amplifiera dans les siècles suivants : "Une fonte partielle du Groënland de trois mètres ferait que, cumulée avec la dilatation, on peut craindre des élévations de quatre à cinq mètres à l'échéance du milieu du millénaire." Toutes ces prévisions restent très générales. Les changements ne seront pas progressifs mais plutôt abrupts, et prendront des formes très différentes d'une région à l'autre. Si les glaces groënlandaises doivent fondre, la calotte antarctique devrait plutôt s'épaissir.

 

Inégalité Nord/Sud. Quelques bénéfices peuvent être attendus du réchauffement, notamment pour l'agriculture, comme le précise Bernard Seguin, chercheur à l'Inra : "Dans les régions tempérées, l'augmentation de température pourrait être relativement favorable." Mais l'agronome nuance tout de suite son propos : "Il y a des zones où l'on sait qu'il n'y aura que des perdants, et on tombe plutôt sur les pays du Sud". Pour ces derniers, si rien ne change, les conséquences seront très néfastes. Car si les pays riches pourront combattre les fléaux, les pays en voie de développement des zones tropicales et subtropicales en pâtiront particulièrement, que ce soit dans les domaines de la santé, de la productivité agricole ou des ressources aquifères. De nombreuses côtes seront sujettes aux inondations, comme celle du Bangladesh. Les îles Tuvalu seraient tout simplement englouties. La désertification progresserait. En fait, l'effet de serre renforcerait les inégalités sociales entre pays riches et pauvres. Certains Etats commencent d'ailleurs à s'interroger sur les conséquences politiques du phénomène, comme l'éventuel flux massif de réfugiés, ou des guerres pour le contrôle de l'eau potable. Le Pentagone a ainsi édité il y a un an un rapport apocalyptique sur les différents scénarios face aux changements brutaux du climat. Si rien ne change, Jean-Marc Jancovici, consultant en environnement auprès d'entreprises, craint le pire : "Si ce n'est pas nous qui nous chargeons de faire baisser les émissions de CO2, c'est un mécanisme de régulation qui le fera à notre place : une épidémie, une famine, une récession… La Terre ne manque pas de mécanismes de régulation."

 

 

Les causes du réchauffement sont connues. Premier facteur : la hausse exponentielle de la demande en énergie, surtout depuis l'éveil de la Chine, rejointe demain par l'Inde et d'autres PVD. Les énergies renouvelables sont encore trop faibles pour remplacer complètement le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Seul le nucléaire offre aujourd'hui une alternative, mais il faut prendre en compte les problèmes politiques qu'il entraîne. Les transports, en pleine croissance, libèrent énormément de CO2. Et les quelques voitures hybrides nouvellement lancées ne risquent pour l'instant pas d'inverser la tendance. L'agriculture, notamment l'élevage bovin, fournit abondamment l'atmosphère en méthane. En France, cette dernière est même le principal contributeur à l'effet de serre. Ajoutons que le déboisement massif amoindrit l'absorption de carbone par les arbres. Au classement des pollueurs, l'Américain arrive sans grande surprise en tête avec l'Australien : il rejette en moyenne trois fois plus de gaz à effet de serre qu'un Français, et quatorze fois plus qu'un Indien.
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